Envie de dire. Frénésie d’écrire puis peur de trop en dire. Rebrousser les lignes, essayer un mot nouveau. Relire, écouter la phrase, attendre son écho. Ça sonne faux. Mettre un peu de soi, tout en retenue. Non, là ça ne va plus, dans cette phrase-là, les mots déshabillent trop, trop de moi, toute nue. Un paragraphe s’écoule, fluide, puis statu quo, rupture d’idées, crevaison de pensées. Laisser mijoter et grandir l’histoire, revenir le soir : dans le noir naît cette fugace audace, cette facilité à dire et d’en sourire, cette liberté qui occupe tout l’espace. Point d’exclamation, les mots rigolent, prennent leur envol, points de suspension… Malgré sa résistance, le texte s’est écrit, le titre débute sa rude naissance. Ou le titre était là, comme une évidence, mais le texte n’était pas prêt à entrer dans la danse. Deux, trois textes inachevés, abandonnés, sombrent en silence, non sans espoir de rencontrer un soir leur point final. Coupables de premières lignes ratées, d’un ton trop décalé, de dévoiler des réalités trop personnelles : des textes condamnés. Mais tant que les idées fleurissent, de nouveaux textes voient le jour.
L’idée, cette jeune pouce fragile, à arroser. Elle jaillit comme en réaction à une expérience, à une impression subite et passagère, ou tenace et lancinante. Elle s’acharne à vous siffler dans les oreilles, pressée de faire sa belle, en noir et blanc, sur l’écran. Parfois, elle demeure diffuse, confuse, indomptable, furieusement joueuse. Elle refuse la mise en phrases et s’amuse de vous voir muette, vos pensées en miettes. Fébrile, dans un train qui file, vous essayez de la griffonner dans un carnet, de la réécrire dans un bureau désert, sur un papier abandonné. L’idée se défile, se défait, se décompose en une multitude de petits fils. Elle ne tient plus qu’à un fil. Piégée, vous l’expulsez de votre carnet mais retournez contempler plus tard, cette belle idée barrée. Alors, incapable de la voir défigurée, vous soignez sa cicatrice, puis guettez sa renaissance. Une nuit agitée, nuit d’insomnie, peut suffire à raviver l’idée. Un minuscule déclic, au cours d’une journée constituée d’émotions éclectiques, électriques, peut relancer le flot de mots. Et quand les phrases s’échapperont du clavier à toute vitesse, criez victoire, vous aurez vaincu la tristesse du billet blanc.
Blog à part, écrire, c’est un peu tout cela.
Article rédigé par Petite Voix Off


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